Tout et rien

Quelque temps après avoir perdu mon emploi de pasteur à cause de mon coming out en tant que lesbienne, non-binaire et intersexe, et parce que je suis marié.e avec une femme trans*, j’ai dit que je ne croyais en plus rien.

Eh oui! et oui…. Je ne crois en plus rien de ce qu’on m’a dit de croire, de ce qu’on m’a inculqué. Je ne crois plus en un Dieu exclusif, binaire et jugeant.

Mais je crois encore. Pour moi, la foi, c’est des questions ouvertes, parfois c’est des doutes jusqu’au presque désespoir et retour qui gardent ma foi vivante. C’est la lutte avec Dieu comme jadis Jacob. La foi, ce n’est rien de statique pour moi, rien de binaire -oui ou non, ou tout est noir ou blanc. Faire confiance en Dieu, donc la foi, c’est de rester en mouvement, en marche. C’est un chemin, un voyage.

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Mis de côté mais pas en dehors

On m’a encore mis de côté pour ne pas blesser les sentiments des autres, et pour des fautes que je n’ai pas commises!… Tel était mon sentiment quand reçu la lettre de l’institut biblique ou j’enseignais quelques cours, et qui m’informait que désormais, on allait se passer de mes services. Je n’ai pas été surprise de cette information – je m’y étais déjà attendu depuis un moment. Il y a des choses qui sont prévisibles: pour certaines personnes il n’y a pas de place à certains endroits.

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Un péché?

Quelqu’un a entendu ce weekend une personne dans son église dire que l’homosexualité était un péché contre la Parole de Dieu. Que dire maintenant à cela? Ce n’est pas la première fois que j’ai entendu ça et hélas, ce n’est probablement pas la dernière.

Il y a deux choses ici: le péché, et l’homosexualité.

Le péché, ce n’est pas quelque chose dont ont pourrait dresser une liste, un catalogue facilement pour inclure ceci et cela; c’est plutôt un état (même l’on pourrait dire que peut-être certains actes peuvent nous y mener).

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L’Accueil Radical

L'Accueil Radical: Ressources Pour Une Eglise Inclusive

L’Accueil Radical: Ressources Pour Une Eglise Inclusive by Yvan Bourquin

My rating: 5 of 5 stars

Un livre essentiel qui traite ce thème sous plusieurs angles et perspectives: témoignage personnel, science bibliques, liturgique, théologie queer. Les auteurs proposent des pistes de réflexion et des applications, et posent des questions pertinentes sur l’inclusion, allant au-delà de l’inclusion des personnes LGBTQIA+. Un autre point fort du livre est qu’il ne reste pas cantonné à l’univers européen-blanc, mais s’ouvre aussi au contexte africain.
A recommander sans modération à tous ceux qui travaillent en Église, ou qui s’intéressent de près ou de loin au thème.

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Trans ou pas?

Non-binaire : transgenre ou pas ? La réponse à cette question est à la fois facile et pas facile, générale et personnelle.

Un mot d’abord : la non-binarité est une identité de genre et concerne la façon comment une personne se ressent. En cela, il ne faut pas la confondre avec l’androgynie quand elle fait référence à l’apparence, à l’intersexuation (qui concerne des caractéristiques sexuelles par exemple anatomiques ou chromosomiques), ou avec l’orientation sexuelle (toute personne, non-binaire ou binaire, peut être hétérosexuelle, homosexuelle, bisexuelle, pansexuelle, asexuelle etc).

Et voilà !

La non-binarité fait partie du spectre du transgenre. En fait, la transidentité est, pour une personne transgenre, le fait d’avoir une identité de genre différente de celle du sexe qui lui a été assigné à sa naissance. Ceci étant dit, les hommes trans et les femmes trans dont l’identité de genre (binaire pour la plupart) est à l’opposé du genre qui leur a été assigné à leur naissance forment le cœur du large parapluie du transgenre sous lequel peuvent se regrouper le binaire et aussi le non-binaire.

Ceci étant dit, il y a des personnes non-binaires qui choisissent de s’identifier en tant que « trans », et d’autres non, et ceci pour toutes sortes de raisons.

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Dieu est queer

Hier soir, alors que je lisais, j’avais une pensée inouïe: Dieu est queer.

Et je vais simplement mettre ici quelques idées en vrac.

Je lisais sur la théorie queer; de nombreux théoriciens queer refusent même de dire ce qu’est la théorie queer, en arguant qu’elle résiste à la définition même, et qu’elle est impossible à capturer.

Cela m’a bien sûr fait penser à Dieu tout de suite.

Dieu, assurément, est impossible à capturer et résiste d’une certaine manière à la définition.

Nous pouvons essayer de le définir, ou mieux, de décrire Dieu avec nos mots, images et toutes sortes de comparaisons. La Bible contient beaucoup de telles images, et les croyants ont utilisé et inventé de nombreuses images et métaphores pour parler de Dieu pour transmettre leurs idées, leurs perceptions et leurs expériences. Beaucoup d’entre eux sont d’une grande beauté et sont très forts, et nous parlent encore aujourd’hui.

Et pourtant, Dieu résiste à la définition, car Dieu dépasse toujours tout ce qu’on peut dire sur lui, tout ce qu’on peut imaginer à son sujet. Dieu a créé les êtres humains à son image, hommes et femmes, il les a créés ; en tant que tel, les deux genres sont à l’image de Dieu et Dieu les contient tous les deux.

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Différents, pareils – et quand même pas.

Et voilà je pense, le dernier grand article de présentation sur ma vie. Pourquoi les avoir dissociés au lieu d’avoir fait un tout grand? Déjà, j’avoue que ce sont des textes que j’ai écrit à des moments différents de ma vie. Celui-ci j’avais écrit avant mon coming out public. Seulement quelques rares amis savaient. Et peut-être qu’un seul article qui contient tout, tout, tout serait devenu un peu lourd…. Mais voilà, c’est comme ça.

Donc, je suis née il y a, laissez-moi réfléchir, 43 ans en Allemagne, où j’ai grandi jusqu’à ce que j’avais 16 ans. Pendant ces 16 ans, ma vie était marquée de nombreux déménagements et de temps très difficiles, et d’évènements qui ont brisés des parties de ma vie et de mon être, et ce dès ma plus jeune enfance, à un niveau très personnel, et aussi dans ma famille.

J’ai grandi pour la plupart avec mes grands-parents ; ma mère ne pouvait pas s’occuper de moi, elle était alcoolique et toxicomane, dépendante de l’héroïne, LSD et tout ce qui lui pouvait passer sous les mains.

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…et ma vie de lesbienne

Quand j’avais 14 ans, j’ai remarqué que je me sentais attiré par les filles. Les autres filles regardaient les garçons, dans la vraie vie et dans les magazines, elles remarquaient combien ils étaient mignons — et moi ? Non, pas du tout. Les garçons ont toujours été de bons copains, mais sans rien de plus. Pourtant je me voyais rougir en présence de certaines filles, je cherchais leur proximité, rêvassait de passer du temps avec elles.

À cet âge, tout était encore relativement innocent, mais les sentiments se réveillaient gentiment, mais sûrement.

À cette époque, je vivais avec ma mère dans une communauté chrétienne de type pentecôtiste, ils avaient une approche plutôt littérale de la Bible.

Je ne sais plus exactement à quel moment j’ai entendu pour la première fois ces paroles, mais je les ai entendus de façon répétée et je les ai rapidement intégrées au plus profond de moi-même :

« Les homosexuels sont une abomination, les gays sont condamnés par Dieu, les gays sont haïs par Dieu, il n’y a pas de place pour les gays dans l’église ni dans le paradis, être homosexuel n’est pas naturel et c’est un aller-simple pour l’enfer… c’est un choix de vie détestable… les gays sont dangereux… si on essaie assez, et se soumet, on devient hétéro. »

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Ma vie de non-binaire…

Je suis née en 1975 en Allemagne. J’ai passé les premières années de ma vie chez mes grands-parents.

Comme pour beaucoup de monde de leur génération, mes grands-parents avaient une répartition des rôles de genre bien typique qui me dérangeait souvent. Eux, ils voulaient souvent que je joue avec des poupées, mais la plupart de ces activités typiques pour filles ne m’intéressaient pas : je voulais surtout jouer avec des voitures ou au voleur et au gendarme avec les garçons. Je me sentais bien avec les garçons, comme « l’un d’entre eux » – ce n’était jamais comme ça avec les filles, c’était toujours un peu un sentiment contre nature avec elles.

En grandissant, c’était pareil. Alors que beaucoup de mes camarades de classe s’intéressaient au maquillage, à la mode, etc., j’ai trouvé bien plus intéressant de reconnaître les voitures par le son du moteur. Bien sûr, j’aime aussi les activités « féminines » comme la pâtisserie, la cuisine, la lecture et le dessin. Mais toujours, quand je voulais m’adonner à des passe-temps du type « je voudrais construire un train miniature / des avions modèles / un kit de chimie », on m’a répété à maintes reprises : « Ce n’est pas possible, tu es une fille et c’est un truc de garçon ».

Je me suis rendu compte que cette division entre hommes et femmes me dérangeait beaucoup : pourquoi, et pour quoi ? Pourquoi pas les deux ? Pourquoi choisir ?  Mais je ne pouvais pas encore le formuler ainsi à l’adolescence.

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Présentation

Ce premier post…

Je me présente: je m’appelle Ari. J’ai 43 ans, et je suis mariée à une femme merveilleuse.

Juste après ma naissance, la sage-femme s’est exclamée: « C’est une fille! » Et voilà, le genre qu’on ma assigné à la naissance: le genre féminin, basé sur ce qui se trouvait (ou non) entre mes jambes. Et avec ça, une avalanche d’attentes sur comment il faudrait se comporter, être, quel rôle prendre. Et pourtant…

Je suis non-binaire, voilà mon genre. Cela ne fait pas de moi une bête de foire pour autant. Je suis comme tout le monde, juste un peu différent/e. Et ai-je dit que j’aime les filles? Dans ce que certains appellent la « soupe, ou la salade de l’alphabet » LGBTQIA+, je me range avec les lettres L&T, quoique pas de label serait pas mal aussi. On est tous des êtres humains en quête d’amour et de sens.

J’ai beaucoup d’intérêt, allant de la cuisine, à la photo à la la lecture -mais sûrement une des plus grandes, c’est la thématique de la théologie et de la spiritualité.

J’ai justement été prédicatrice pendant environ 17 ans, et travaillé comme pasteur dans une église mais tout cela a pris fin assez brutalement et rapidement après mon coming out.

Je me suis alors aménagé ce petit coin ici pour réfléchir sur cette non-binarité, mais aussi ma théologie et spiritualité, pour voir comment elle se développe en dehors de toute contrainte.